Le reportage de Sophie Langlois (1re partie)
Le 4 septembre 1984, Brian Mulroney, le « p'tit gars de Baie-Comeau », réalise le rêve de sa vie en devenant le 18e premier ministre du Canada. Trente ans plus tard, que reste-t-il de ses réalisations? Les conservateurs d'aujourd'hui marchent-ils dans ses pas?
Alors qu'il était encore chef de l'opposition, Brian Mulroney avait été à la Maison-Blanche plaider pour l'élimination des pluies acides. « Quand nous étions jeunes, on nageait dans la baie de Baie-Comeau. Essayer de le faire aujourd'hui serait impossible, ça été complètement pollué », dit-il pour expliquer sa passion écologique. « En tant que conservateur, il faut conserver la nature », ajoute-t-il avec le rire tonitruant qui a fait sa marque.
« J'ai décidé de prendre l'environnement, qui était un ministère de deuxième rang, pour le mettre prioritaire au Conseil des ministres, au comité des priorités. Et j'ai accordé au ministre de l'Environnement un droit de regard sur tous les grands projets du gouvernement. Si ce n'est pas dans l'intérêt national pour l'environnement à long terme, c'est non. C'est comme ça que j'ai réussi à imposer l'environnement comme priorité numéro un », explique-t-il.
Jean Charest, qui a été ministre de l'Environnement dans le dernier gouvernement de Brian Mulroney, estime que cela prenait beaucoup de courage politique pour investir dans un ambitieux plan vert en pleine récession.
« C'était controversé parce que le gouvernement coupait partout ailleurs. Et soudainement, on mettait 3 milliards dans un plan vert. Je n'étais pas très populaire auprès de mes collègues qui nous voyaient dépenser cet argent alors qu'eux se faisaient couper. » — Jean Charest, ex-ministre fédéral de l'Environnement
Jean Charest se souvient aussi de l'acharnement déployé par Brian Mulroney, pendant huit ans, pour convaincre les Américains de signer un traité sur la qualité de l'air. « Au début, Ronald Reagan ne reconnaissait même pas le problème des pluies acides. Ça a été une opération de charme, de persuasion, de persistance hors du commun. À chaque rencontre avec les Américains, même si ce n'était pas à l'ordre du jour, M. Mulroney abordait les pluies acides, c'était toujours en haut de sa liste. »
Au sommet de la terre à Rio de Janeiro, en juin 1992, Brian Mulroney prend aussi le leadership en convainquant les pays développés de reconnaître l'urgence d'agir pour protéger la couche d'ozone. La délégation canadienne est alors la première à annoncer qu'elle signera la convention sur les changements climatiques.
Dix-huit ans plus tard, Jean Charest est premier ministre du Québec quand il voit, à la Conférence de Copenhague, Stephen Harper amorcer l'abandon des objectifs de réduction des gaz à effet de serre.
« En 2009, à Copenhague, le Canada dit essentiellement : "notre position est celle des Américains". Ce qui ne s'est à peu près jamais fait au Canada. » — Jean Charest, ex-ministre fédéral de l'Environnement
Deux ans plus tard, le Canada se retire du protocole de Kyoto. « C'est embarrassant quand le président américain, quelques années plus tard, se revire de bord et dit : "ma politique a changé, change la tienne!" »
Sur les enjeux environnementaux, Brian Mulroney ne cache pas sa déception à l'égard des conservateurs de Stephen Harper. « On n'aura jamais les résultats escomptés, jamais. Parce que ça prend l'engagement et le leadership du premier ministre, dit-il. Je trouve qu'ils n'en font pas assez. » Selon lui, les conservateurs actuels défendent certaines valeurs, comme une justice punitive, qui n'étaient pas celles de son gouvernement.
Extrait de l'entrevue avec Brian Mulroney
Plus proches en matière d'économie
En matière de finances publiques, les conservateurs d'hier et d'aujourd'hui se rejoignent davantage. Les deux prônent un État allégé et sont convaincus qu'il doit intervenir minimalement dans l'économie.
Au début des années 1990, Ottawa cesse de cotiser à l'assurance-chômage, puis exclut du régime les chômeurs qui ont volontairement quitté leur emploi. Pour Hans Marotte d'Action-chômage, la réforme de l'assurance chômage de Brian Mulroney a fait beaucoup plus mal que celle de Stephen Harper.
« Quand on a coupé les deux bras et les deux jambes d'un chômeur, on ne peut pas faire grand chose de pire. Si on compare objectivement ce que M. Mulroney a fait à ce que M. Harper fait aujourd'hui, c'est Mulroney qui est plus à droite. » — Hans Marotte, d'Action-chômage
Brian Mulroney a déréglementé, aboli et privatisé beaucoup plus d'entreprises d'État que Stephen Harper. Jean Charest rappelle que les circonstances étaient très différentes. En 1984, les conservateurs avaient hérité d'un État obèse; il y avait beaucoup de gras à couper, dit-il.
Aujourd'hui, après 30 ans de compressions, les coupes seraient plus idéologiques, selon le chroniqueur du Maclean's Paul Wells. « Brian Mulroney a dû couper davantage parce qu'il était pris avec un déficit énorme. Stephen Harper a hérité d'un surplus énorme qu'il a effrité avec des baisses d'impôts. Couper les impôts pour dépenser moins, ça, c'est beaucoup plus idéologique ». Pour le chroniqueur, Stephen Harper est plus à droite que Brian Mulroney, « qui aurait pu être libéral ».
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